Maldonne 1

Publié le par almanito

Albert était le dernier d'une famille de neuf enfants, issue d'une longue lignée de cuiseurs de charbons.

Son père, Pierre-Omer, avait su flairer la bonne affaire quand il comprit, en cette fin de XIXème siècle tout ce que pouvait lui rapporter l'essor industriel naissant. Abandonnant les bois qui avaient nourri tous ces ancêtres sans exception depuis la nuit des temps, il installa un commerce de charbon sur la rive gauche de Versailles. Son entreprise prit rapidement de l'importance, à tel point que l'on baptisa l'endroit Place des Charbonniers, et qu'il y fit fortune en peu de temps, offrant enfin à la famille un confort et surtout l'embourgeoisement qu'il ambitionnait.

Il n'eut malheureusement pas le temps d'en profiter longtemps car il mourut peu après, suivi par sa femme, petite italienne originaire du Piémont que ses carbonari de père et grand-père avaient dû fuir.

Restaient les enfants dont beaucoup d'entre eux était déjà adultes et le plus jeune, Albert, qui souffrait de ce que l'on appelait le "mal de Pott", sorte de tuberculose osseuse qui lui courbait le dos et en faisait quasiment un infirme.

On parlait beaucoup dans les journaux du moment d'un médecin révolutionnaire qui "redressait les dos des bossus" par de nouvelles méthodes modernes, et il fut décidé d'y expédier le petit Albert au plus vite, ses frères et soeurs pas mécontents de se débarrasser d'un enfant en bas âge, qui plus est handicapé.

Albert passa toute son enfance dans la clinique de docteur Calot à Berck. De petits bungalows avaient été construits à quelques pas de la mer sous les pins maritimes, ce qui permettait aux malades de profiter de l'air marin et des bains lorsqu'ils n'étaient pas alités, maintenus par toutes sortes de d'instruments métalliques que l'on jugerait sans doutes barbares aujourd'hui, en vue d'étirer leurs os.

Il y souffrit le martyre, comme tous ses petits compagnons malades, lut beaucoup, de tout, sans aucune direction pédagogique et apprit à jouer aux cartes en compagnie des médecins et du personnel soignant.

Sa jeunesse ne fut certainement pas heureuse, malgré l'entourage médical qui faisait ce qu'il pouvait pour distraire ces enfants soumis à d'atroces douleurs, sans compter qu'Albert ne revit jamais sa famille, mais toujours est-il qu'il ressortit du centre hospitalier droit comme un i, bien avant sa majorité.

La vie s'ouvrait, belle et prometteuse à un jeune homme d'allure élégante et à l'esprit vif qui ne possédait rien qu'un bagage de savoir diffus dans bien des domaines et son immense envie de vivre.

Il s'installa à Paris et épousa très vite Louise, une douce et jolie couturière qui lui donna une première fille qui fut toujours l'enfant préférée d'Albert, suivie de trois autres.

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Suite demain.

Maldonne 1

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cathycat 29/09/2014 19:44

Cet exil forcé est douloureux mais a apparemment été bénéfique. Ma soeur aînée alors qu'elle était toute petite a passé six mois dans un sanatorium à St Trojan (contact avec un oncle tuberculeux). Elle va aujourd'hui avoir 60 ans mais maman ne s'en est toujours pas remise...

almanito 29/09/2014 20:43

Plus les conditions de vie déplorables souvent dans la rue...

cathycat 29/09/2014 20:34

Et puis laisser sa petite fille sans avoir aucun moyen de la voir (mes parents habitaient près de Paris, pas de voiture, pas très argentés... tu vois le genre). Quand six mois plus tard mes parents ont récupéré ma soeur, elle a dit à maman "bonjour Madame", tu imagines...
Pour ce qui concerne la tuberculose, j'ai toujours entendu dire depuis que je travaille, que ce serait le fléau du XXIème siècle, mais rien n'a été fait pour prévenir son retour. Le dépistage systématique et gratuit était quand même bien efficace. Avec les migrations en tous genres, il n'aurait jamais dû tomber dans les oubliettes. Mais bon...
Belle soirée à toi

almanito 29/09/2014 19:52

f... je continue ma réponse a sauté. Faute de moyens financiers....

almanito 29/09/2014 19:50

Je veux bien te croire, à l'époque, c'était dramatique, ta maman a certainement pensé qu'elle allait perdre sa fille.
Il semblerait que cette maladie réapparaisse maintenant, du fait de toute une catégorie de personnes qui ne bénéficient pas de surveillance médicale f

PARADISALIA 23/09/2014 20:32

Un petit bonsoir en passant...Bises Almanitoo

Joseph Guégan 22/09/2014 14:49

Quand je regarde la photo je revois mon père sur sa fournée de charbon
Désolé pour mon silence pendant ces derniers jours. J'étais parti sans Internet à la "chasse aux cols" à vélo. Les articles de mon blog étaient programmés.

almanito 22/09/2014 14:58

Tu dois te douter que j'ai pensé à toi lorsque j'ai écrit ce texte. J'étais tellement contente le jour où j'ai découvert le superbe hommage en plusieurs volets que tu as rendu à ton père. Trouver quelqu'un qui avait connu ce métier si ancien était inespéré!
Pendant que tu grimpais, j'ai visité le Maroc et vu de fort belles photos grâce à toi.

Carole 21/09/2014 00:49

Les corsets et instruments de Procuste existent toujours, et continuent à torturer et bercer d'espoir les pauvres scoliotiques, qu'ils soient de Pott ou d'autre obédience. Par contre je n'ai jamais connu personne qui soit sorti "droit comme un i" d'un tel traitement. Ton miraculé m'intéresse particulièrement donc. La suite à demain ?

almanito 21/09/2014 06:53

Je n'en ai la preuve par des photos puisqu'il s'agissait de mon grand-père et je peux t'assurer qu'en effet, son dos était parfaitement droit.
La suite est déjà publiée.

CathyRose 20/09/2014 21:25

Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il a mal démarré dans la vie le jeune Albert ! Alors à demain pour savoir ce que lui réserve la suite de son existence ... tu ne nous la fais pas trop triste surtout ...?!!!
Très belle soirée !
Grosses bises
Cathy

almanito 20/09/2014 21:51

Finalement j'ai publié la suite aujourd'hui.
Ni gaie ni triste, tu verras...

Pascale MD 20/09/2014 13:26

Un sacré début de vie pour Albert, le moins qu'on puisse dire c'est que le chemin est difficile !
Mais a suite sera peut être plus douce. Je le lui souhaite en tous cas.
Pas toujours un cadeau l'existence ;-)
Je te souhaite une belle journée.

almanito 20/09/2014 13:29

La suite ne sera pas un long fleuve tranquille, je le crains...
Merci Pascale

Michèle F. 20/09/2014 11:59

Dans mon enfance, j'entendais parler de ces petits malades exilés à Berck et je m'en faisais une image épouvantable de solitude et de douleurs pour ces enfants.
Mince alors, je ne serai pas là pour la suite, je la retrouverai plus tard.

almanito 20/09/2014 12:16

Oui, comme tu dis, mince alors, si tu vois ce que je veux dire...

PARADISALIA 20/09/2014 11:53

A l'heure du repas je reste sur ma faim !!! Je reviens demain même heure même endroit pour voir ce quEe sont devenus Albert et sa famille...Bonne journée Almanitoo

almanito 20/09/2014 12:15

J'espère que tu as autre chose dans tes placards à te mettre sous la dent!
A demain, merci Paradisalia