L'affaire

Publié le par almanito

C'était un petit coin tranquille du Sud-Ouest, une terre de landes pauvres qu'on avait plantée de pins pour retenir la progression du sable et assainir les marécages, signant du même coup l'arrêt de mort de l'élevage ovin et la disparition des fameux bergers montés sur échasses, une veste de peau de mouton retournée sur le dos, tels qu'on les voit maintenant dans les boutiques de souvenirs.
Une usine à papier sortit de terre, qui fit la fortune des propriétaires forestiers et permit l'emploi de la majeure partie de la population mâle.
Quasiment toujours préservée des invasions par sa situation géographique, la petite bourgade vivait repliée sur elle-même, confinée dans ses habitudes et peu amène envers toute intrusion venant de l'extérieur. Les nouveaux arrivants se voyaient ainsi cantonnés dans le quartier "des étrangers", où se mêlait une population cosmopolite côtoyant, sans les fréquenter, de très anciennes familles locales enrichies par l'exploitation de la gemme des résineux.
Le quartier constitué de hautes façades bourgeoises austères cachant aux yeux des curieux et des envieux d'inavouables secrets de famille et de gros lingots dormant sous les piles de linge dans des placards fermés à clefs se prolongeait le long d'une départementale en une file irrégulière de nouvelles bâtisses occupées par ceux que l'on nommait les "estrangers" jusqu'aux premiers hectares de pinède débouchant, une centaine de kilomètres plus loin, sur l'océan.
Paul Duarte avait grandit là, au bout d'un petit sentier bordé de ronces que les gemmeurs empruntaient autrefois pour rejoindre la forêt. La maison que son père, réfugié, avait bâtie de ses mains se tenait toujours debout, intacte, flanquée à sa droite d'un bosquet d'acacias qui avait pris du volume avec les années. Dix ans tout au plus mais Paul avait l'impression d'être parti depuis bien plus longtemps. Il fit un signe à la femme qui l'observait derrière le rideau de dentelles bon marché que l'on trouvait au bazar du coin, un peu plus loin en redescendant vers la ville, il s'en souvenait très bien, où l'on trouvait un peu de tout, depuis la boîte de clous jusqu'au bleus de travail en passant par les bougies d'anniversaire, les casseroles en alu et la poudre de DDT contre les puces.
La femme, méfiante, entrouvrit la fenêtre de quelques centimètres, prête à la refermer aussi vite: " Que voulez-vous?", fit-elle en le considérant d'un air soupçonneux.
"Pardon de vous déranger, n'ayez pas peur, je suis Paul, Paul Duarte, vous ne vous souvenez pas? C'est nous qui vous avons vendu la maison.."
-"Mais oui, je vous reconnais maintenant, hou, vous avez perdu vos cheveux, c'est pour ça, entrez donc, je vous ouvre la porte, c'est qu'avec ce qui c'est passé, vous comprenez bien qu'on se méfie désormais, surtout qu'ils ne l'ont pas encore attrapé, savez-vous."
Paul songea à son époque où tout le monde vivait portes et fenêtres grandes ouvertes et fouilla dans ses souvenirs pour y trouver l'image de son père ou de sa mère utilisant une clef, en vain.
-"Vous êtes au courant qu'il y a eu un meurtre, n'est ce pas? Si on avait cru qu'une telle chose arriverait, ici... "
Oui, Paul était au courant, c'était d'ailleurs pour cela qu'il était revenu dans ce petit bled un peu morne et étouffant qu'il avait fui dès qu'il avait atteint l'âge de le faire pour construire sa vie sous un ciel plus ouvert. Mais il n'en dit rien à la femme, pas plus qu'il ne ne lui confia que son journal l' y avait envoyé pour en savoir plus long sur cette affaire.
"Vas-y coco," lui avait dit son boss," ça va te faire une cure de jouvence de revoir ton patelin, pis si t'arrive à trouver l'assassin, t'es un as et t'auras la reconnaissance éternelle de ton boss, et au pire, tu nous feras une chronique campagnarde sur les us et coutume de la faune locale".
Il prit congé de la femme après l'avoir informée qu'il était là pour quelques jours de vacances et qu'il logerait à l'hôtel de France.


Désolée, Paul Duarte vient de m'envoyer un message: il ne trouvera jamais le nom du meurtrier et ne souhaite pas par conséquent, que je termine l'histoire...

L'affaire

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Nalo 18/12/2014 23:13

Hello Alma,
Bravo, bravo !!
Nous, pauvres lecteurs que tu tiens si bien en haleine, finiront par t'envoyer un génial réalisateur pour que tu nous mettes en scène ces savoureux personnages et ces cadres magnifiques !!

almanito 18/12/2014 23:20

Merci Nalo

Hervé MARTIN 09/12/2014 23:19

C'est quoi ce texte avec Chute Rare ?
- une panne d'inspiration...
- une vraie invitation à l'imagination pour tes lecteurs...
- le début de ton premier roman ?

Je pense comme ta photo : l'arbre est puissant et la sève n'en finit pas de couler !
Alors vite une prochaine "brève", un nouveau contexte, une autre histoire, de nouveaux personnages, toujours avec la même sève, tellement parfumée...
Merci Alma

N.B. : j'écris sur le fil, avec des fautes que tu peux corriger... comme je peux le faire dans tes textes !

almanito 10/12/2014 06:21

Rien de tout cela, je me suis lassée du sujet. Ce qui veut dire que ce n'est pas bon et que le lecteur se lassera aussi... Des choses qui arrivent:)

Joseph Guégan 09/12/2014 10:06

Un fin limier ce Paul Duarte, il avait déjà deviné que tu allais publier cette histoire !
Bonne semaine

almanito 09/12/2014 12:29

Ca doit être ça :))
Merci Joseph

CathyRose 07/12/2014 21:22

Ben non, ça va pas du tout ça ! tu commences un e histoire et voila qu'après to héros ne veut pas que tu la termines ...? Je vais lui dire deux mots moi à ton Paul Duarte, et tu as intérêt à y réfléchir parce que finalement demain matin il va revenir sur sa décision et il faudra que tu la continues ton histoire ! c'est-y pas des manières ça ...? Tu nous mets en appétit et puis hop ... plus rien !!!
Très belle soirée Alma, et cogites-bien, bisous !
Cathy

CathyRose 07/12/2014 21:49

Ah bon, tu ne savais pas pour les anges ...? C'est ce que j'ai toujours entendu dire ! Bon, voila comment on passe de Paul au sexe des anges ...

almanito 07/12/2014 21:45

Pour les anges je ne suis pas au courant, mais à preuve du contraire, j'imagine que Katia et toi en avez un. Sinon, ben c'est dommage pour vous:)

CathyRose 07/12/2014 21:41

Ah oui, reste à déterminer qui est Chérubine, et qui est Séraphine ...! Mais au fait, pourquoi tu les mets au féminin, je croyais que les anges n'avaient pas de sexe ...?

almanito 07/12/2014 21:37

Chérubine et Sérafine, comme un gant ça vous va!

CathyRose 07/12/2014 21:33

Ah oui, des anges ...? Ça nous va très bien à Katia et à moi ...

almanito 07/12/2014 21:32

Je vous laisse discuter, hein. Vous fermerez la lumière en partant:))

almanito 07/12/2014 21:31

Voyez toutes les deux avec Paul, moi, je décide pas.
Si le chœur de anges s'y met...

CathyRose 07/12/2014 21:31

Je me doutais Katia que tu me soutiendrais !!!!

In the Mirror/Katia 07/12/2014 21:28

Je suis tout à fait d'accord, merci Cathy :)

jackie 07/12/2014 08:36

Encore une affaire non élucidée…Cela vaut peut être mieux qu'une erreur judiciaire ???
Très bon dimanche Alma

almanito 07/12/2014 08:46

Merci de le prendre avec humour:)
Bon dimanche Jackie

Carole 06/12/2014 21:17

Il a quitté le village où toutes les portes étaient toujours ouvertes pour un monde plus ouvert ? Je crois qu'il est plutôt parti pour un monde fermé, celui des villes où l'on écrit des articles sur des faits "divers", et des villages modernisés où la peur s'installe.

almanito 06/12/2014 21:20

Il faut remettre l'histoire dans le contexte de l'époque. Les portes étaient peut-être ouvertes mais pas les esprits.

In the Mirror/Katia 06/12/2014 16:59

Sympa ce début d'histoire, il y a obligatoirement une suite, je veux tout savoir :)

almanito 06/12/2014 21:16

T'as pas vu les deux lignes en italiques que j'ai rajoutées à la suite du texte;)

In the Mirror/Katia 06/12/2014 21:13

Qu'il prenne tout son temps, je ne suis pas pressée :)

almanito 06/12/2014 17:01

Attends! Il enquête et c'est un lent :))

Pascale MD 06/12/2014 13:51

Il est où le temps ou on pouvait sortir sans tout fermer à clé, sans fermer ses fenêtres, en laissant son vélo devant la porte ? Maintenant tout le monde se méfie de tout le monde, c'est effrayant.
Alors, Paul a t'il trouvé l'assassin ?
J'ai visité l'éco Musée de Marquèze dans les Landes et qui est bien à l'image de la description que tu en fais. J'avais beaucoup aimé d'ailleurs.
Bonne journée

almanito 06/12/2014 14:46

Je ne sais pas encore s'il va trouver. Avant cela il faut que moi, je trouve une idée pour la suite:))
Je ne connais pas ce musée, il n'existait peut-être pas encore lorsque j'y étais.

X 06/12/2014 10:37

Décor et ambiance bien plantés. Et puisqu'on ne connaît pas l'assassin, c'est parfait de ne rien dévoiler de la suite. Belle astuce.

almanito 06/12/2014 10:46

Ben il est pas au bout de ses peines, le Paul Duarte. Moi non plus du reste...