Troubles sur le marché

Publié le par almanito

Hum, hum... Un attroupement, déjà, sur la place du marché, à même pas 6 heures du matin?
Naturellement je m'approche car il doit se passer quelque chose de bizarre. En effet, les promeneurs de chiens se sont arrêtés, les patrons de bar nettoyant les terrasses à grande eau et les premiers commerçants montant leurs stands ont interrompu leurs activités pour se regrouper, interloqués, autour d'une voiture qui est là, garée en plein milieu de la place, en dépit des panneaux d'interdiction formels.
L'heure est grave.
A qui est cette voiture...? Qui a eu le culot...?

Ce n'est pas que l'on soit plus respectueux de la signalisation ici qu'ailleurs, loin s'en faut, mais chacun sait que les gens du marché, en pareil cas, sont sans pitié. J'en fis la cruelle expérience un matin en récupérant ma voiture à la fourrière, deux pneus salement entamés par une lame rageuse en prime.
On s'interroge, on fait le tour du véhicule... tiens! l'immatriculation est allemande, remarque quelqu'un... Bé alors c'est certainement la voiture du touriste qui est arrivé hier, Friedrich, qu'il s'appelle conclut un autre.

Ah!
Oui, à peine arrivé, il a posé ses bagages à l'hôtel et il est parti à la plage, c'est Dumé qui me l'a raconté. Il y est resté tout l'après-midi, et il en est reparti tout rouge, pense: ces peaux de blonds qui voient jamais le soleil, ça grille vite et ça tourne de suite au homard ébouillanté... Paraît même qu'il avait des cloques grosses comme ça. Ensuite, il a fait la tournée des bars...pour la réhydratation, tu comprends... Il a commencé au "jaune" et puis après il a gouté un peu à tout...forcément, quand on fait du tourisme, on veut connaître les spécialités du pays... Et puis voilà, il est rentré rond comme une queue de pelle, je le sais de mon copain qui est gardien de nuit à l'hôtel.... et il s'est posé là où il a pu... Pauvre!
Les commerçants sont maintenant tous arrivés. J'attends pour voir quel sort on va réserver à la voiture, mais rien ne se passe. Les gars installent les étalages, tranquillement, un sourire goguenard au coin des lèvres. On rigole entre les cageots de fruits cueillis du matin, les jambons suspendus et les saucissons sagement alignés et en quelques minutes, voilà la belle voiture totalement encerclée par les salades et les fromages -chèvre ou brebis: au choix.

Les visages sont réjouis par la bonne blague, on ne parle plus que de cela et il y a affluence ce matin là sur le marché car les nouvelles circulent vite et chacun veut voir la tête du "client" lorsqu'il reviendra.
Celui-ci refait surface, pas bien en forme, on sait pourquoi, en milieu de matinée. Incrédule, il s'approche. Pas content. Ouh...il a pas le sens de l'humour, notre ami... On lui explique que non, on ne va pas bousculer l'ordonnance des stands pour le laisser sortir, qu'on a été gentil de ne pas appeler les flics et la fourrière et tout le saint frusquin, et qu'il ferait bien d'aller faire un tour en attendant la fin du marché. L'homme tape du poing sur un étalage, faisant rebondir une rangée de laitues, hurle, exige, menace et comme personne ne bouge, d'un geste large du bras, envoie balader sur le sol la fournée de petits pains et les bruschettes de la boulangère. Les visages se ferment, on avance poings fermés pour entourer le bonhomme dont la colère n'impressionne personne. Aïe! Va y avoir du sang? Madonne!.... Non: deux costauds qui regardaient la scène depuis une terrasse, s'emparent du grand Friedrich, un sous chaque bras. Allez, coco, tu nous les casses, hein! Allez, viens, nous on te paie l'apéro et quand le marché sera fini, t'iras gentiment la reprendre, ta caisse. Le ton est calme, mais ferme et l'homme se laisse emmener docilement.
Alors, ce pauvre Friedrich a poursuivi avec assiduité son instruction commencée la veille, et ses découvertes des merveilleux et si nombreux crus du pays en bonne compagnie, puis on l'a gentiment ramené dans sa chambre d'hôtel pour qu'il se "repose" en faisant peut-être des rêves peuplés d'inquiétants radis roses vengeurs...

Troubles sur le marché

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another 02/04/2015 09:16

Hahahaha les méchants radis roses :D))) A ceux qui ont le vin mauvais il faut souffler dans les bronches, effectivement !

almanito 02/04/2015 09:38

Ils sont pourtant frais, mes radis:))

Mina. 01/04/2015 19:11

ho! mais il a de la chance dans son égarement ...les gens ne sont pas tous méchants !

almanito 01/04/2015 19:19

oui, il a eu de la chance, lui:)))

Christine 01/04/2015 13:40

Je me suis demandée comment cela allait finir :) une fin aux couleurs locales, elle finit bien :)
encore une belle histoire ...
Bises et bonne journée Alma

almanito 01/04/2015 13:44

Couleur locale, comme tu dis, merci Christine

cathycat 31/03/2015 19:19

Un petit bizutage finalement bien sympathique. On lui a pas crevé les pneus à lui au moins... :-)

almanito 31/03/2015 19:39

Pfff ! C'est à en être jalouse :))

CathyRose 31/03/2015 18:52

Et bien heureusement qu'il y avait les bons petits crus du coin pour sauver la situation !!! Une histoire qui aurait pu se terminer plus mal ... mais que tu as si bien racontée !!!
Belle soirée Alma, bisous !
Cathy

almanito 31/03/2015 19:04

Les p'tits crus ne manquent pas, c'est certain!
Merci Cathy

jackie 31/03/2015 15:28

Quelle histoire !!! ça donne froid dans le dos d'imaginer comment cela pouvait tourner.
belle soirée Alma

almanito 31/03/2015 15:50

Oui mais cette fois-là, l'ambiance n'était pas à la castagne:)

caroleone 31/03/2015 11:28

Ils l'ont bien eu et gentiment....
Au moins, ça lui fera des souvenirs de vacances entre l'hospitalité et la tournée des bars.
Il aurait quand même pu en profiter pour faire son marché histoire d'y être.
Bises et bravo pour l'écriture.
caro

almanito 31/03/2015 12:00

Oui, il aurait pu avoir l'élégance de faire son marché en guise d'excuses, par exemple:)

les caphys 31/03/2015 10:32

toujours un régal de te lire en revenant de vacances ! Bizzz Alma

almanito 31/03/2015 11:59

Enfin de retour! Et toujours aussi insolents, j'espère! Bonne rentrée les Caphys!

* 31/03/2015 10:29

Se laisser aller...
Pour ne pas penser
Mais la pensee encre
Elle n'est abstinance
Tes levres dansent
Mais la melodie coince
Les lettres se melangent
Le matin carillonne
Penser l'oubli
Pour panser la Vie...
La colere est subterfuge
Pour cacher le Coeur gros...

Une interpretation personnelle...

J'aime ce dessin de Vie
Tu est peintre du temps

Belle journee Almanito

almanito 31/03/2015 11:58

Je ne sais pas si ce petit texte de "macagne" mérite ce joli poème, merci Etoile.

Pascale MD 31/03/2015 10:23

Et bien voilà une aventure qui a du lui laisser une bonne gueule de bois !
Manifestement, tu as eu beaucoup moins de chance avec ta voiture. La relation entre humains, ce n'est pas toujours de la tarte !
Il s'en est bien sorti finalement.
Je te souhaite une bonne journée, et si possible ensoleillée.

almanito 31/03/2015 11:55

Oui, ça aurait pu tout aussi bien très mal tourner!
Oui, le soleil est là, dans un ciel sans nuage et je t'en souhaite autant.

In the Mirror/Katia 31/03/2015 10:17

Je n'aime pas ces types qui, après une bonne cuite, sont violents ! Il a eu vraiment de la chance, un, pour sa voiture et deux, pour lui, il y a des limites dans la sympathie !

almanito 31/03/2015 11:53

C'est sûr, il a eu de la chance:)) Ce jour-là, les gens du marché avaient envie de rigoler, et c'est bien mieux comme ça parce qu'il s'est d'autant plus ridiculisé tout seul.

Elsaxelle 31/03/2015 07:33

Une scène facilement imaginable grâce à ta verve. Moi je me serai carrément servi de sa voiture comme étalage pour changer un peu. Quel dommage qu'il n'ait pas eu plus d'humour ce monsieur !

almanito 31/03/2015 08:49

Oh...il avait peut-être encore le cerveau embué par tout ce qu'il avait éclusé la veille, les petits vins du sud, ça tape aussi dur que le soleil:)